
Conte monstrueux du merveilleux inspiré de l'histoire de la tarentelle
La compagnie des MARIESALANTES
TARENTELLE ET TARENTISME
…Ils font semblant d’avoir été piqués par certaines bêtes qui peuplent la région de Tarante (d’où ils prennent leur nom) et d’être tombés malades par cette maladie qui les rend fous. Ils vibrent, tapent leur tête, ils tremblent des genoux et, poussés par la musique, ils chantent et dansent, ils bougent les lèvres, grincent les dents et ils se comportent comme des fous ...
R. Frianoro, Il Vagabondo, Viterbo 1621.
Addo ti pizzico la tarentella ?
Sotto la putia de la unnella"
(Dis, où t'as piqué la tarentule ? Sous le bord de ma jupe ...)
Tarentisme … quand l’araignée mène la transe.
Le tarentisme est un phénomène historico-religieux, observé dès le moyen âge dans la région des Pouilles et perpétué jusqu'au XVIIIème siècle. Il laisse des traces dans la Péninsule Gréco-Salentine et des reliquats dont l'observation montre qu'il s'agit d'une formation "religieuse mineure qui touche toujours plus particulièrement les femmes et les paysans, et plus rarement les classes sociales plus élevées.
Ce phénomène de tarentisme, est défini par la morsure (symbolique, ou pas) d’une araignée qui transmet son venin. Ainsi, l’arachnide provoquait un état de souffrance psychophysique dégradant peu à peu la personnalité du sujet. On pouvait n’y voir en somme qu’une maladie psychique, sorte de possession, caractérisée par des manifestations gestuelles désordonnées de la « tarentulée ».
La mélancolie accompagnait cet état que seuls l’allégresse, la musique et la danse permettaient de surmonter.
L’origine de ce rite qui a été étudié par de nombreux chercheurs, n’a cependant jamais pu être définie précisément dans le temps. Certains prétendent qu’il pourrait s’agir d’un héritage des rites dionysiaques. La réponse des anciens, non érudits, est de manière récurrente et naïve : danser.
Danser le sacré, au cours d'un rituel séculaire destiné à purger le corps et l'esprit dans un protocole auquel la tarentulée doit se soumettre sous peine de mort ou de dépravation.
Les bienfaits d’une telle cure étaient sans doute prétexte à perpétuer des danses d'origines païennes dans l'Italie catholique rigoriste du XVIIe siècle.
Gens du peuple, femmes soumises, muselées, abusées peut-être, analphabètes ... la crédulité est le meilleur étendard pour masquer la misère voire trouver un prétexte pour évacuer la frustration et l'hystérie sous-jacente qu'une éducation religieuse maintient prisonnière sous un chapelet d'interdits.
©mialivolsi 2016

"Les tarentulées, prétendaient être piquées par une araignée et se livraient à une danse éffrenée (scazzicare) qui pouvait durer plusieurs jours er revenir régulièrement afin d'entrer en relation avec Saint-Paul, saint guérisseur. Les séances "d'exorcisme" s'il en était ... se déroulaient à domicile ou dans la chapelle de Galatina, au moment de la fête annuelle. Durant ces séances, il est nécessaire d'identifier les couleurs, les airs de musique auxquels les tarentulées sont sensibles. Car on dit que l'araignée émet une musique en mordant sa victime, et qu'il faut que les musicens puissent la retrouver afin de soigner le sujet. Les musiciens attaquait la tarentelle, et la tarentulée qui gisait sur le sol montrait aussitôt quelle acceptait la musique en remuant la tête en mesure de droite à gauche, puis comme si l'onde se propageait dans tout son corps, elle commençait à ramper sur le dos en poussant sur ses jambes fortement arquées et en s'appuyant alternativement sur un talon puis sur l'autre."
Ernesto De Martino. La terre du remords/ Sanofi-Synthelabo/Collection les empêcheurs de penser en rond.