top of page

Je suis née d'une bouche ...

  • communicantart
  • 5 juin 2018
  • 3 min de lecture

le 21 octobre 2017, Mia a été conviée à inaugurer la nouelle Médiathèque de Rocheservière.

En amont à la résidence, Mia a rédigé un texte que nous vous invitons à lire ici...

De la transmission orale au livre ... à l'image de notre projet de livre-cd, du théâtre d'ombres à l'objet sonore et visuel.

Né d’une bouche

Mia Livolsi

Texte écrit pour l’inauguration de la médiathèque de Rocheservière le

Samedi 21 octobre 2017.

Lecture musicale illustrée par Christophe Pays.

Je suis née d’une bouche. D’une bouche curieuse, d’une bouche audacieuse, mordante …

Une bouche bavarde … mais qui jamais ne raconte de salades.

Une bouche furieuse, une bouche… en forme … de bouche ! Souriante, captivante … effrayante … enivrante ….

Je suis née loin, très loin d’ici … En Perse, en Chine … dans la forêt des contes, j’ai continué ma route comme le petit chaperon rouge … et je n’ai jamais rencontré le loup.

Aucune bouche ne m’a avalé tout entier …. Ou si elle l’a fait, m’a recraché tout nu tout cru. Chapeau pointu !

Ma voix est celle des anciens, celle des troubadours, celle des grand-mères … celle des mères et des nourrices à la lueur de la lune, au coin du feu, sur les places des villages.

Je suis, l’histoire ancienne, je suis la mémoire de la nuit, l’alphabet du corps,

Le langage universel, l’école de la vie.

Je raconte la vie, la vérité des sentiments…

Je suis mille et une nuit de plus … je parle à toi qui es là aujourd’hui, toi petit au creux de ton lit, toi l’enfant, toi l’adulte, toi le vieillard.

Du berceau à la tombe je t’accompagne, comme une petite musique intérieure…

Un jour, je me suis cachée dans la bouche d’une femme qui me raconta à sa fille qui me raconta à sa fille … qui me raconta à sa fille … qui me raconta :

« - Ma grand-mère me racontait l’histoire d’une puissante araignée capable, d’une seule morsure, de plonger les jeunes filles dans une danse endiablée si effrénée, que personne, même pas le baiser d’un prince ne pouvait la sortir de l’enfer … on disait que seule la musique avait le pouvoir de la délivrer .

J’avais beaucoup de mal à croire à cette histoire, car parfois grand-mère disait que c’était une légende et parfois, elle disait que c’était à elle que c’était arrivé… Parfois c’était arrivé à sa sœur, à sa nièce … à sa tante. Cela dépendait sûrement de ce qu’elle ressentait pour les personnes à ce moment-là.

Et puis un jour, je suis tombée sur un livre. Pas un livre de contes, un livre d’anthropologie et de psychanalyse.

Et dans ce livre, écoutez bien, j’ai trouvé la même histoire que ma grand-mère !

Je me suis demandé si l’auteur de ce livre ne lui avait pas volé son histoire. Mais comment aurait-il pu connaître ma grand-mère née à Malte en 1920, lui qui était née à Paris en 1976 ?

Se pourrait-il que ma grand-mère nous ait caché des choses … ?

Ou alors elle m’aurait raconté des salades qu’elle aurait lues dans un vieux livre …

Ma grand-mère de salades jamais ne racontait.

Et puis d’abord, elle n’avait pas pu trouver l’histoire dans un livre, parce que ma grand-mère, elle était analphabète.

Je me suis demandé pourquoi un livre d’anthropologie parlait de cette histoire de filles qui dansent pour exorciser le mal … et quel mal d’abord ?

J’aurais bien aimé demander à ma grand-mère…mais elle était déjà partie loin … Une vraie bibliothèque en feu ma grand-mère !

En regardant le livre de plus près, j’ai compris que ces histoires avaient été collectées et qu’il s’agissait bien de son histoire et de celle nombreuses filles comme elle … comme vous, comme moi.

Toutes ces jeunes filles étaient en quête de leur propre musique … sans l’aide de personne, il fallait qu’elles trouvent elle-même leur propre musique intérieure.

« Bien très bien me dit mon père. Quelqu’un a écrit l’histoire de ta grand-mère, n’en parlons plus … »

Mais non … moi j’avais besoin d’en parler ! Je me suis dit que je devais écrire la vraie histoire. Pas celle que j’entendais lorsque j’étais petite, pas celle que l’on me racontait, mais celle que je percevais comme une petite musique qui m’a remise au monde,

à la parole,

à la mémoire,

à ma mémoire ancienne. »

Je suis née d’une bouche et je raconte à qui veut bien l’entendre des histoires de fileuses … des histoires de princesses, des histoires de souliers et de mains d’argent … les moulins tournent, les reines meurent, mais leurs enfants jamais ne sauront les tisser d’oubli.

©Mia Livolsi. Octobre 2017.


 
 
 

Commentaires


Posts à l'affiche
Posts Récents
Archives
Rechercher par Tags
Retrouvez-nous
  • Facebook Basic Square

© 2016 - tous droits réservés à Mia Livolsi pour la Cie des MarieSalantes/Creative Commons BY-NC-SA

site crée avec Wix.com

bottom of page